Quelques réflexions pour l’investisseur de moyen/long terme…
Depuis une vingtaine d’années, les ETF et la gestion passive se sont imposés comme l’une des plus importantes innovations financières de notre époque. Leur principe est simple : plutôt que de tenter de sélectionner les meilleures entreprises, ils cherchent à reproduire le plus fidèlement possible un indice boursier.
Cette approche a permis à des millions d’investisseurs d’accéder aux marchés financiers à moindre coût et avec une grande simplicité.
Son succès est tel qu’une question commence aujourd’hui à émerger parmi de nombreux observateurs : lorsqu’une part croissante de l’épargne mondiale suit automatiquement les mêmes indices, cela peut-il influencer le fonctionnement des marchés eux-mêmes ?
Quand les indices deviennent plus concentrés
L’une des évolutions les plus marquantes de ces dernières années est la concentration croissante des marchés financiers.
Une part importante des performances boursières récentes provient désormais d’un nombre relativement limité d’entreprises, principalement actives dans la technologie et l’intelligence artificielle.
Pour beaucoup d’investisseurs, investir dans un indice mondial est synonyme de diversification. C’est généralement vrai. Toutefois, il est possible d’être diversifié en nombre de sociétés tout en étant plus concentré qu’on ne le pense sur certains secteurs ou certaines thématiques. C’est précisément ce qui se produit aujourd’hui avec les grandes entreprises technologiques que l’on appelle également les « hyperscalers ».
Qui sont les « hyperscalers » ?
Ce terme désigne les grands groupes technologiques capables d’investir des dizaines de milliards de dollars dans les infrastructures numériques mondiales. Parmi eux figurent des entreprises bien connues du grand public comme Microsoft, Google, Amazon, Meta ou encore Apple.
Ces sociétés exploitent les centres de données, les réseaux informatiques et les plateformes cloud qui permettent de faire fonctionner une partie croissante de l’économie numérique. Elles sont également les principaux investisseurs dans le développement de l’intelligence artificielle et, malgré des dépenses colossales, continuent d’afficher des niveaux de croissance, de rentabilité et de génération de trésorerie rarement observés à une telle échelle.
Un exemple concret de concentration
Un investisseur qui place 100.000 € dans un ETF mondial peut légitimement penser qu’il est très largement diversifié puisqu’il investit indirectement dans plusieurs centaines, voire plusieurs milliers d’entreprises. Pourtant, une part importante de son portefeuille dépendra aujourd’hui de quelques sociétés seulement : Microsoft, Nvidia, Apple, Amazon, Alphabet (Google) ou Meta.
Imaginons maintenant que les investissements liés à l’intelligence artificielle déçoivent temporairement les marchés ou que les bénéfices de ces entreprises progressent moins rapidement que prévu, ces grandes valeurs pourraient reculer de 20, 30 %…voir plus ! L’impact sur les grands indices mondiaux pourrait alors être significatif, même si la majorité des autres entreprises continuaient à enregistrer des résultats satisfaisants. À l’inverse, lorsque ces mêmes entreprises progressent fortement, elles peuvent masquer la faiblesse d’une grande partie du reste du marché, conséquence, par exemple, d’une activité économique moins en verve.
Autrement dit, l’investisseur pense parfois investir dans « le marché » alors qu’une partie importante de la performance des fonds indiciels dépend d’un petit groupe d’acteurs.
Quels sont les principaux risques liés à la concentration actuelle ?
Cette situation ne signifie pas que les « hyperscalers » représentent un mauvais investissement. Elle invite simplement à garder à l’esprit plusieurs risques :
- Une dépendance accrue à un petit nombre d’entreprises, dont les résultats ont un impact croissant sur les grands indices.
- Des valorisations boursières « pour la perfection », pouvant engendrer des baisses potentiellement importantes des cours boursiers en cas de déception.
- Une concentration thématique importante autour de l’intelligence artificielle, du cloud et des semi-conducteurs.
- Des mouvements amplifiés par les flux d’investissement, qui peuvent renforcer aussi bien les hausses que les baisses.
Conclusions pour l’investisseur patrimonial
L’histoire financière montre que les risques apparaissent rarement là où les investisseurs les attendent. Ils naissent souvent d’une confiance excessive dans des scénarios qui paraissaient pourtant évidents.
Pour les familles et les entrepreneurs que nous accompagnons, notre objectif n’est pas de prédire la prochaine « mode » sur les marchés financiers mais plutôt de construire, avec discipline, des portefeuilles diversifiés constitués d’entreprises de qualité achetées à des prix attractifs.
L’intelligence artificielle pourrait constituer l’une des plus importantes transformations économiques de notre époque. Les hyperscalers apparaissent aujourd’hui comme les principaux bénéficiaires de cette révolution, ce qui explique leur poids croissant dans les indices boursiers mondiaux et il est important de déterminer dans quelles mesures les prix de ces entreprises cotées en bourse ont déjà anticipé ces bénéfices futurs.
La qualité des entreprises dans lesquelles investissent nos partenaires (maisons de gestion) est primordiale, mais le prix payé pour les détenir compte tout autant. C’est dans cet équilibre subtil entre innovation, valorisation et diversification que se matérialise la discipline patrimoniale que nous mettons en pratique depuis 20 ans pour nos clients.
Sources :
- Fundsmith Equity Fund – 2026 Semi-Annuel letter to shareholders,
- Substack / Simon Evan-Cook : “Victory for passive! 22thoughts and questions”,
- Wedgewood partners client letter: “Are Hyperscalers still magnificent?”,
- Financial Times / Simon Edelsten, « As the tech bubble deflates, turn to old-fashioned valuation rules« , 4 juillet 2026.




